Parler de sa condition de femme
Le 8 mars, il est désormais incontournable d’évoquer la condition des femmes, afin de les célébrer, mais aussi de dénoncer les violences dont elles sont victimes.
Au niveau de l’action qui est la nôtre, défendre la vie autonome des personnes dites en situation de handicap, il reste du chemin à faire concernant la prise en compte des femmes comme êtres à part entière, car aujourd’hui, malheureusement, féminité et handicap, maternité et handicap sont encore trop souvent considérés comme incompatibles.
A cette occasion, nous avons le plaisir de participer à un événement organisé par l’association Humanis, qui abrite actuellement notre bureau à Strasbourg. Plusieurs associations, dont la nôtre, ont imaginé une après-midi de débats, discussions, projections… dans un petit café strasbourgeois.
Nous donnons la parole à deux femmes en situation de handicap, qui entendent bien mettre en avant leur féminité plutôt que le taux d’incapacité qu’on leur a attribué. Les témoignages proposés ici aborderont ces questions de manière positive, sans tomber dans le misérabilisme ni l’héroïsme.
Parler de sa condition de femme

A l’occasion de la journée de la femme, un débat s’est donc tenu ce dimanche 7 mars, dans un petit café de Strasbourg. Ambiance chaleureuse, bien qu’un peu bruyante, il faut le dire. Autour d’une grande table, nos deux bénévoles ont pris place, ainsi que Catherine Trautmann, animatrice du débat. Le public s’est assis autour d’autres tables.
Après une introduction très pertinente de Catherine Trautmann, nos deux bénévoles se sont présentées, en quelques mots, juste le temps d’imprégner la salle de leur humour et de leur détermination. L’ensemble du débat qui a suivi a été riche, emprunt d’anecdotes, avec un public intéressé, étonné, curieux. Les discussions, c’était prévisible, ont débordé le seul thème de la condition de la femme en situation de handicap (vie de couple, maternité), pour aborder les questions du logement, de l’accessibilité physique, de l’accès à l’emploi… de tous ces aspects de la vie quotidienne qu’il convient d’adapter pour en permettre un meilleur accès à tous. Il est vrai, les membres du public avaient pour beaucoup une sensibilité associative et militante, mais n’étaient pas forcément sensibilisés de près à la question du handicap.
A l’issue du débat, les réactions du public ont été positives, nos deux intervenantes saluées, remerciées, félicitées. Ces moments nous renforcent dans l’idée que l’échange, le dialogue, la communication sont fondamentaux pour faire évoluer les mentalités, en particulier sur la question de la vie intime des personnes handicapées, ainsi que celle de la maternité.
Ci-dessous, nous avons choisi de reporter quelques extraits du débat, qui ont été retranscrits par une étudiante lyonnaise, que nous pouvons remercier chaleureusement pour ce travail !
Extraits :
Sonja : « Et les années ont passées et je me suis retrouvée en tant que jeune femme sans avoir le droit en plus d’avoir un corps de jeune femme. Déjà la maladie c’est une maladie qui a évolué. Ensuite il y a eu les médecins, il y a eu les infirmiers, il y a eu tout ce monde, ce corps médical qui n’est absolument pas formé, même à l’heure actuelle pour respecter le corps d’autrui. Et donc on reste en tant femme, moi j’avais des sentiments de femme, et bien on était tout simplement une personne. »
Il n’était pas question - et on me la dit clairement et on n’a pas pu mieux faire de me dire -que je n’ai aucune chance de rencontrer qui que ce soit dans ma vie, après tout ce n’est pas la peine que je me fasse belle m’a dit une infirmière, je ne trouverai jamais personne. Excusez-moi de le dire vulgairement mais j’ai donné un bon coup de pied à la nature et il y a six ans, j’ai croisé le chemin d’un jeune homme et je suis heureuse.
(…) Je vous invite à aller au-delà de votre peur et de poser des questions on répondra au maximum à ce que l’on peut et ce que vous souhaitez ce que vous attendez de nous. »
Alexandra : « Bien sûr on a eu beaucoup de difficultés à se faire comprendre parce que l’on a voulu nos enfants avec mon compagnon qui est également handicapé, (…) et je tiens à dire quel nous les élevons tous seuls sans aide extérieure. (…) Les grands-parents restent à leur place de grands-parents et nos enfants sont très heureux de cette famille. Mes enfants je les ai voulus contre vents et marées. Tout le monde m’a dit « tu n’y arriveras pas, c’est une folie de tomber enceinte jamais tu ne pourras mener ta grossesse à terme », même mon médecin me l’a dit. J’ai accouché deux fois sans aide médicale et la deuxième fois à la maison c’est mon compagnon qui a mis sa fille au monde, elle est en parfaite santé aujourd’hui. Et nous avons choisi vraiment ce mode de vie. Nous en sommes très heureux et nos enfants sont très heureux aussi. (…) Je m’occupe des mes enfants 24 heures sur 24 sans aide extérieure et je m’en sors très bien. Bien sûr il y a beaucoup de choses que je ne peux pas faire avec eux et je le regrette mais il y a beaucoup de choses que je fais aussi et que les autres mères ne font pas. Je le sais par rapport à mon fils, de ce qu’il me rapporte de l’école et je sais aussi qu’ils font fiers et heureux d’avoir leur maman et leur papa handicapés parce qu’ils me le disent tout simplement tous les jours.
C’est vrai que ce n’est pas évident le regard des gens, les questions parfois blessantes des gens qui nous demandent pourquoi on inflige cela à nous enfants (…). »
Question dans le public : « J’avais envie de réagir par rapport aux questions de la loi en fait. Il y a des lois qui existent pour certaines qui ont été sans doute rédigés avec l’appui, la réflexion des associations qui accompagnent les personnes handicapées et autres, mais en même temps on se rend compte qu’elles ne sont pas encore assez bien respectées d’une part. Donc par rapport à des situations que vous connaissez ou peut être d’autres, est ce qu’il y a des situations de discrimination réelle qui ont fait l’objet à un moment donné de condamnations ? (…) Et puis par ailleurs, aujourd’hui où en est-on aujourd’hui par rapport aux avancés qui ont été proposées, on a parlé de l’accompagnement, des choses comme ça, (…).
Catherine Trautmann : « Je voudrais juste ajouter à cette remarque que le vrai combat aujourd’hui pour les personnes handicapées me semble-t-il, vous réagissez là-dessus, c’est justement de se faire reconnaître pleinement autonomes et hors institutions. Car souvent, l’organisation institutionnelle est une solution, de se retrancher et de ne pas aller au devant des questions posées en terme de formation, en terme d’accompagnements, de moyens de vie, de comportements etc. »
Sonja : « C’est vrai que là on parle du droit des personnes, des enfants, tout cela. Moi j’aurais tendance à aller au delà du handicap et de dire que dans mon village notamment, on a construit une maison de retraite, que tout le monde à agréée et lorsqu’elle était finie je leur ai demandé où était la chambre des couples. Et ça n’existe pas. Donc avant que la mort nous sépare, nous sommes séparés par les maisons de retraite et par les institutions.
Alexandra : « On dit que l’on revient cher à la société, moi personnellement si on me propose d’aller travailler pour gagner plus que ce que je gagnes et non pas perdre de l’argent, j’y vais sans problème. Là on a calculé (…), si je vais travailler je gagne 230 euros de moins quand même. Sachant qu’il faut que je fasse garder mes enfants. Est-ce que je vais y aller ? (…) ».
Catherine Trautmann : « Je pense que pour beaucoup en tout cas, ce qui est très important c’est que la situation soit connue, c’est bien mais que les élus aussi sachent comment, quelles sont les situations concrètes. Si on peut anticiper. Il y a quelques temps on m’a posé le problème de logement. Il y a des subventions à chaque conseil pour l’accessibilité dans les logements sociaux et à un moment donné on a dit très bien mais est-ce que tous les gens y auront accès, est-ce qu’ils les occupent ? Est ce qu’il correspond aux besoins…voila la vraie question ! »
Question dans le public : Vous avez abordé la peur qu’ont les autres envers la personne qui est différente en général, et dans le handicap particulier, c’est une question très très importante et je vous demande quelles propositions vous pouvez nous faire pour diminuer cette peur.
Sonja : « Je vais vous raconter très brièvement une histoire qui m’est arrivée dans un supermarché. Il y a un enfant qui se balade et il fait semblant de tuer tout le monde avec un pistolet. J’arrive à sa hauteur et le gamin se jette par terre et se met sous un rayon. Sa mère me regarde et elle me dit « oh ne vous vexez pas mais comprenez ! Il a peur de vous » je lui dis « ah bon, il regarde tous les jours à la télé des films avec du sang qui gicle sur les caméras et il a peur des handicapées, je lui dis que c’est quand même grave (…) ».
Le mot de la fin :
Jean-Pierre : « Merci Catherine, effectivement je voudrais remercier chaleureusement et Sonja et Alexandra qui ont acceptés de venir témoigner ce jour, avec un jour d’avance donc sur la journée de la femme. Et aussi remercier Catherine d’avoir animé ce débat.
Nous militons pour la vie à domicile. Et quand je dis vie à domicile c’est pas le maintien à domicile, donc j’insiste là dessus parce que maintenir à domicile, on peut aussi très bien maintenir les gens dans les institutions cela revient au même. Parce qu’on enferme les gens dans une cage dorée, ça ne les rend pas heureux. Donc il faut pouvoir aussi leur donner la possibilité de sortir et d’aller et de participer à la vie sociale, publique, de pouvoir travailler pour ceux qui le veulent, le souhaitent comme disait Alexandra sans les pénaliser. C’est pour cela que nous nous battons aussi, pour cette autonomie, pour que les personnes handicapées puissent faire le choix de la vie qu’elles souhaitent mener et pas celui que l’on veut leur imposer.
Je vous remercie tous les intervenants et aussi ceux qui sont venu nous écouter ce soir et j’espère qu’on pourra peut être à l’avenir poursuivre les débats parce que je pense que c’est aussi cette parole la qu’il faut faire entendre dans nos sociétés qui est encore trop frileuse à bien des égards que ce soit pour les personnes handicapées ou autre. Merci à tous. »
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